Autobiographie d’un épouvantail, de Boris CYRULNIK

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GODET François
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Autobiographie d’un épouvantail, de Boris CYRULNIK

Message par GODET François » mercredi 26 août 2015 21:09:04

Mes chers consoeurs et confrères,

Je ressens le besoin de vous faire partager une lecture estivale riche et qui m'a fait beaucoup réfléchir durant cette belle saison.

Le sujet a trait à la réécriture du passé qu'elle soit volontaire ou non. " Nous ne sommes pas maîtres du sens que nous attribuons aux choses. Nous ne sommes pas maîtres des catastrophes naturelles qui nous tombent dessus. Nous ne sommes pas maîtres de l'histoire de nos parents qui explique leurs émotions. Nous ne sommes pas maîtres des réactions de notre entourage, des récits que notre culture fait de ce qui nous est arrivé. Nous ne sommes pas maîtres des interactions précoces qui ont façonné notre tempérament et nous ont rendu sensibles à certains traits et indifférents à d'autres. Et c'est pourtant la convergence de tous ces déterminants chaotiques qui va projeter en nous le film que nous faisons de nous-mêmes et que nous appelons " histoire de ma vie." "

Boris Cyrulnik considère en effet que la parole est une invention invraisemblable qui nous permet, simplement en agitant la langue, de nous affranchir du réel. Nous devenons alors capables de créer un monde de mots, d'inventer des récits et nous y soumettre.

" J'aime pas le passé, c'est trop difficile. D'abord le passé simple ça n'existe pas, il n'y a que du passé compliqué. " S. (11 ans).

En effet la contemplation du passé est tellement captivante qu'elle finit par provoquer le plaisir de comprendre.

Heureusement qu'il existe d'autres moyens pour exprimer le trauma. Le dessin, le théâtre, le mot parlé ou écrit permettent de renouer avec les proches et de suturer les blessures du moi.

Selon l'éminent psychiatre, dans toute catastrophe humaine, quand toute relation devient impossible, deux points d'appui permettront plus tard une reprise résiliente: la rêverie et l'espoir de témoigner.

Et c'est pourquoi, "quand un fracas chasse un homme de la condition humaine, quand il est indécent de parler et impossible de se taire, l'écriture accorde un détour supportable. Il ne s'agit pas de faire revenir le passé qui réveillerait la douleur, il s'agit de maîtriser le sentiment blessé et de le remanier pour en faire une action politique, philosophique ou artistique."

Et nous voici au moment clé du récit de l'auteur. " En redonnant une cohérence aux souvenirs, la mémoire traumatique arrange la représentation du passé. Des fragments de mémoire, étonnamment précis, sont entourés d'un halo de souvenirs recomposés afin de rendre l'évènement logique pour les autres. Il ne s'agit pas d'un mensonge, bien au contraire, le blessé, pour rendre cohérente l'incohérence de son fracas, remanie les morceaux du puzzle de sa mémoire et en fait un script, un scénario congruent aux récits sociaux, aux mythes et même aux préjugés."

Le directeur d'enseignement à l'Université de Toulon considère en effet que la vérité narrative n'est pas tout à fait la vérité historique. Le récit que l'on fait de son existence n'est composé - selon lui - que d'évènements relationnels où l'on revoit le film de ses rencontres amicales, de ses rituels familiaux, ou des conflits avec son entourage. Le socle de l'autobiographie est rempli par ce que l'on a extrait de son contexte. Notre monde intime est peuplé par les autres.

Notre neuropsychiatre préféré affirme ainsi qu'avec une seule existence on peut écrire mille autobiographies différentes, toutes plus vraies les unes que les autres. Il n'est pas nécessaire de mentir, il suffit de déplacer un mot, de changer un regard, d'éclairer un autre aspect de réel enfoui.
Tout récit participe en effet à la naissance d'un sentiment qui construit nos espoirs, nos tristesses et nos étrangetés.

J'espère que ce propos libre vous aura donné envie de lire ce livre dont je retiens comme idée clé que nous écrivons notre passé, pour mieux l'accepter ou l'intégrer à notre existence présente, en faisant preuve naturellement de résilience.

Je vous souhaite à toutes et à tous le succès dans vos cabinets respectifs ainsi que des lectures et des rencontres passionnantes pour mieux comprendre la vie, et la vôtre en particulier.
François GODET

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Message par CHAPON MENOU Claude » mercredi 26 août 2015 22:10:27

Cher François,
Chers amis grécistes,

La lecture de ton message, François, vient étrangement percuter certaines réflexions que je m'étais faites récemment lors de retrouvailles estivales et d'un discours rédigé à cette occasion, réflexions qui portaient sur les souvenirs partagés, les souvenirs échangés, les souvenirs parfois reconstruits, voire les relectures de souvenirs… Une phrase l'illustre parfaitement : "Notre monde intime est peuplé par les autres."
Merci de nous proposer cette analyse. Des idées que je vais ruminer un peu avec profit !

Bonne rentrée à toi, et à vous tous chers amis grécistes.

Claude
@bc-Cigale Claude CHAPON MENOU Conseil éditorial – Écrivain-Conseil®
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GODET François
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Message par GODET François » mercredi 2 mars 2016 15:03:35

Bonjour Claude, bonjour à toutes et à tous,

Claude, je viens seulement de voir ta réponse. Parfois, le décalage dans le temps des réactions écrites sur l'intraGrec me ferait penser à un message envoyé vers une autre planète, et la durée que cela implique pour la réponse, avec, bien sûr, un doute quant à l'atteinte de l'objectif.

J'ai bien fait de citer quelques phrases du livre de Boris Cyrulnik que je recommande pour celles et ceux qui sont passionnés par l'écriture de vie. Je les médite en ce qui me concerne.

Ces phrases essentielles sont comme un repère, un phare et peuvent aider justement à la philosophie de la rédaction de ces biographies pour les autres ou pour soi. Elles permettent en effet de définir un cadre et un but.

Bien à vous.

François
François GODET

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