Le métier de biographe : interprète ou traducteur ?

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GODET François
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Le métier de biographe : interprète ou traducteur ?

Message par GODET François » jeudi 4 déc. 2014 18:06:54

Chères lectrices et chers lecteurs, bonjour,

Je vous savais impatient de nous retrouver et je voulais vous faire part d'une grande souffrance, d'un sujet qui me préoccupe beaucoup ces temps derniers.

Dans le cadre d'une formation pour apprendre le beau métier de biographe, j'ai été confronté à la difficulté pratique consistant à la fois à m'entretenir avec une cliente, et à être interviewé à mon tour. En effet, lors de ces échanges enregistrés dans le cadre de la future rédaction d'un extrait de biographie, nous devons faire face à notre passé ou à celui de la personne dont nous allons rédiger l'histoire de vie.

Or, revivre une situation peut être douloureux, car la trace marquée et indélébile sur le papier provoque des réactions ou de profondes prises de conscience. Je me suis donc demandé quel était véritablement mon rôle à jouer dans cette histoire (de vie). Dois-je me contenter de prêter ma plume à ma narratrice (cliente) en améliorant par l'écrit ses dires ? Ou bien dois-je l'aider par la compréhension de son histoire que ma distance personnelle m'apporte, à se découvrir, à se comprendre par elle-même ?

Il s'agit de la différence entre un traducteur linguistique et un interprète qui va également un peu analyser.

Ce qui vient apporter de l'eau au moulin de cette réflexion est de penser qu'un biographe joue en quelque sorte un rôle, celui de son client le temps d'une biographie. Or il devient alors acteur pour un autre. Il interprète une histoire apprise de l'intérieur, mais en apportant un éclairage particulier qui peut donner une meilleure compréhension au client.

C'est d'ailleurs peut-être ce qu'il vient rechercher : non seulement une aide scripturale, mais également un meilleur entendement de l'histoire vécue grâce à un axe différent de la part de son biographe.

Je sais que chacun a une réponse concernant ce positionnement. Je suis persuadé que le temps fera son oeuvre en m'apportant une explication sans doute adaptée à chaque client. Il faut de toute façon énormément de temps, car toute oeuvre prend du temps.

A bientôt.
Modifié en dernier par GODET François le vendredi 13 juil. 2018 17:05:21, modifié 1 fois.
François GODET

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Message par OLLIER Marie-Agnès » jeudi 4 déc. 2014 19:07:25

Bonjour !

C'est amusant que tu lances ce sujet, François, car j'ai eu une discussion approchante récemment.
On me demandait si je souhaitais devenir interprète en langue des signes (je suis une formation depuis 2012), et je répondais : « Surtout pas ! », et voici pourquoi.

Contrairement à ce que laisse entendre le terme « interprète », les personnes qui exercent ce beau métier sont censées (c'est en tout cas ce que m'ont indiqué les trois interprètes en LSF que je rencontre depuis plus de deux ans), quand elles l'exercent, traduire strictement ce qui est dit : aucun ajout, aucune distorsion, même et y compris si elles ont par ailleurs connaissance d'éléments qui pourraient changer la discussion ou apporter un éclairage complémentaire (ou divergent). Lorsque leur travail est fini, elles peuvent intervenir, mais pas pendant. Cela peut sembler surprenant, mais cela s'explique.

Quoi qu'il en soit, cela n'a pas toujours été le cas (je veux dire : le métier d'interprète n'a pas toujours été envisagé de la sorte). Mais tant que ce sera ainsi, il me semble que notre travail (sauf dans le cadre d'une transcription, bien sûr) est d'une toute autre nature. L'écrivain conseil®/public et le biographe sont aussi là pour entendre ce qui se dit derrière le discours, et bien plus qu'une transcription de ce qui nous est raconté, il y a la nécessité (dans la grande majorité des cas) de faire sortir quelque chose qui ne nous a pas forcément été exprimé avec des mots.

C'est très clair, en tout cas, quand on est amené à rédiger un courrier ou un discours pour quelqu'un. Entre ce qui nous est dit d'abord et ce que nous parvenons à faire exprimer à notre écrit, il y a parfois un monde, et c'est ce monde qui fait, pour notre client, toute la différence, ce pour quoi il est venu nous chercher.

Voilà pour ce que je pense de cela (mais cela ne répond pas tout à fait à ta question).

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PAWLICK Françoise
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Message par PAWLICK Françoise » jeudi 4 déc. 2014 19:07:44

Bonsoir à toutes et tous,

Ah que voilà un intéressant débat, lancé par François! Comme Marie-Agnès je tends à penser que le mot "interprète" ne recouvre pas la même réalité selon qu'on l'utilise pour décrire un métier ou une façon personnelle d'expliquer les choses. En effet un interprète doit, comme le rappelle Marie-Agnès, respecter fidèlement le message initial (sans ajout ni déformation) alors que le verbe "interpréter", selon l'usage courant implique une façon toute personnelle de traduire quelque chose, une certaine liberté finalement par rapport au texte original. C'est sans doute là la différence évoquée par François dans ses interrogations par rapport au métier de biographe.

Tout dépend, à mon avis, des attentes du client, d'où l'importance de bien lui faire préciser sa demande au départ!.

Bonne soirée de réflexion!
Françoise Pawlick, Au Fil des Lettres...Au Fil de la Vie

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GODET François
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Message par GODET François » vendredi 5 déc. 2014 10:10:16

Je remercie Marie-Agnès et Françoise pour leurs pertinentes interventions.

Notre client vient chercher une aide pour l'écriture, mais ne désire-t-il pas non plus inconsciemment et par notre intermédiaire mieux comprendre sa vie. Il est en quête d'une distance par rapport à lui-même, et nous avons déjà ce recul émotionnel.

J'ai utilisé à dessein le terme interprète car il me parait que les acteurs de cinéma, lorsqu'ils jouent un personnage, réalisent une interprétation dans laquelle ils mêlent leur propre vécu et leur compréhension du sujet au scénario. Ils apportent de ce fait un éclairage particulier qui rend le film meilleur. J'ai l 'impression que le biographe est en quelque sorte une passerelle entre le vécu du narrateur et ce qu'il veut tirer comme leçon de son histoire. J'aimerais qu'il soit - que je sois - un révélateur du narrateur à lui-même.

Je suis d'accord avec l'idée de Françoise de fixer les attentes du client, mais à condition que ce dernier en ait bien conscience. Est-ce qu'il sait vraiment ce qu'il cherche en venant se raconter ? Il y a sans doute un travail préalable et aussi parallèle qui va permettre de mettre à jour les motivations de notre prospect.
OLLIER Marie-Agnès a écrit :L'écrivain conseil®/public et le biographe sont aussi là pour entendre ce qui se dit derrière le discours.
Je partage complètement ta formule Marie-Agnès. Là encore je pense que nous nous transformons en révélateurs d'inconscients. Ce sujet est passionnant, mais très sensible. En effet nous devenons des sortes d'accoucheurs de souffrances. Cependant nous ne pouvons savoir les conséquences de cela.

Je suis content d'avancer avec vous sur ce chemin de la compréhension de ce magnifique métier.

Je vous embrasse et vous souhaite un excellent week-end.
Modifié en dernier par GODET François le vendredi 13 juil. 2018 17:05:28, modifié 1 fois.
François GODET

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Message par GLINEL Odile » vendredi 5 déc. 2014 18:06:58

bonjour tous,

je ne pouvais faire autrement que d'ajouter mon grain de sel, même si j'arrive tard - pas très constante dans ma lecture du forum, il faut bien le dire!

C'est en effet un sujet de fond, auquel chacun apporte sa propre vision du métier . en fait, certaines choses me hérissent un peu dans ce qui vient d'être écrit: "révélateur d'inconscient", en particulier ; je me garde bien de me définir comme telle, car ce n'est pas mon métier. Aller chercher du sens à une succession de faits apparemment sans lien, en proposer au client, oui. Fouiller dans l'inconscient, c'est un autre métier. C'est important de ne pas jouer avec le feu. En effet, une fois "l'inconscient" révélé, nous n'avons pas la boite à outils nous permettant de savoir qu'en faire.
Je me situe personnellement comme une personne qui, en plus d'écrire ce qu'on lui raconte, relie parfois des éléments épars, et rien que cela semble avoir un effet positif. La personne s'en trouve parfois rassurée, reconstruite en quelque sorte. Mais je me garde d'interpréter - au sens du psychologue, cette fois. Par ailleurs, ce n'est pas parce qu'on a soi-même vécu quelque chose qu'on est mieux à même de comprendre; on est au contraire parfois gêné par un phénomène de projection de ses propres émotions, qui empêche d'entendre celles du client. alors, attention, terrain miné!

A une autre fois, sur ce forum ou ailleurs,
Odile Glinel

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Message par OLLIER Marie-Agnès » samedi 6 déc. 2014 12:12:57

Je partage tout à fait la réserve d'Odile concernant l'inconscient.

Cela relève d'un autre métier, avec une déontologie et des compétences qui ne sont pas forcément les nôtres – et quand bien même elles le seraient, notre client n'est pas venu pour cela et il importe de ne pas mélanger les rôles pour ne pas laisser s'instaurer une relation trouble (et parfois troublante) qui pourrait être préjudiciable au client, à l'écrivain conseil® et au lien qui s'établit entre les deux.

Le client ne vient pas nous voir pour une thérapie, même si le travail accompli ensemble peut avoir pour lui des vertus thérapeutiques. En quelque sorte, si vertus thérapeutiques il y a, ce ne peut être qu'un éventuel bénéfice secondaire, non un objectif à atteindre.

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GODET François
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Message par GODET François » jeudi 21 mai 2015 19:07:45

Mes chers lecteurs,

C'est en tant que sujet libre du royaume de la libre-pensée que je prends ma plus belle plume pour vous dire que je continuerai à vous écrire quoi qu'il puisse m'en coûter et quel que soient les esprits chagrins que cela peut déranger. Les pauvres chéris.

Qui les empêche de s'exprimer, d'oser dire ce qu'ils ont sur leur cœur, plutôt que de vouloir essayer d'empêcher les autres de le faire ? Faites donc du sport, votre humeur s'en ressentira positivement.

Où est donc passé le bel esprit du 11 janvier ? Un feu de paille ? Allez haut les cœurs, réveillez-vous, exprimez-vous !
Diderot a écrit :la liberté d'écrire et de parler impunément marque ou l'extrême bonté du prince ou l'esclavage du peuple : on ne permet de dire qu'à celui qui ne peut rien.
Vive la liberté d'expression :
Marie AROUET a écrit :je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire
François GODET

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