La nuit, j'écrirai des soleils, de Boris CYRULNIK

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GODET François
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La nuit, j'écrirai des soleils, de Boris CYRULNIK

Message par GODET François » dimanche 12 mai 2019 19:07:32

Voilà un ouvrage qui s'adresse à l'ensemble de mes collègues de l'écriture. Mais je crois qu'il concerne particulièrement celles et ceux qui s'adonnent à la rédaction de biographies.
Ce livre est en effet un outil de compréhension afin de mieux appréhender l'utilité de l'écriture dans la guérison des souffrances que rencontre tout un chacun.
Tout au long de son magnifique ouvrage le neuropsychiatre explique bien sûr la fonction résiliente de l'écriture, celle qui consiste à se positionner face à un texte pour se distancier du traumatisme, de la souffrance afin de la raconter autrement.
En effet il considère que c'est ce travail d'écriture, qui, en choisissant ses mots, permet de se détacher d'un vécu douloureux. Cela permet en effet de lui donner sens. Réécrire son histoire permet de mieux l'accepter. Il s'agit bien sûr toujours de son concept de résilience qu'il a inventé et surtout mis en pratique à partir de sa propre expérience de vie.

Selon Boris CYRULNIK qui en fournit maint exemples, il est possible - par la créativité liée à l'écriture - de mettre en scène l'expression d'un malheur ou d'une souffrance même s'il ne suffit pas d'écrire pour retrouver le bonheur. L'auteur de ce livre considère qu'en écrivant, en raturant, en gribouillant des flèches dans tous les sens, l'écrivain raccommode son moi déchiré. Les mots écrits métamorphosent - changent la forme - de cette souffrance.

Je considère que ce livre est comme un coup de poing à recevoir en son âme - d'une main salvatrice - car il est rempli de témoignages et d'émotions. Cyrulnik fait appel à nombre d'écrivains célèbres qui ont sublimé leur douleur pour en faire des chefs d'oeuvres.
Ils ont eu recours à la puissante bienfaitrice de leur imaginaire pour trouver la guérison par l'écriture.
Ce livre qui comprend une quarantaine de chapitres de quelques pages chacun est à lire sereinement, à déguster pour bien s'en emprégner.
Cette dernière oeuvre du neuropsychiatre est si riche que je vous invite à le lire pour en retirer la quintessence qui correspond le mieux à ce que vous êtes.
Mais, je me permets et de façon arbitraire de vous proposer quelques réflexions tirées des derniers chapitres que j'estime les plus intéressants.
Ainsi
Les blessures de l'existence, les manques et les pertes nous mettent en demeure de créer d'autres mondes plus habitables où nos âmes assombries seront ensoleillées par nos oeuvres. Quand la créativité est fille de souffrance, l'écriture rassemble en une seule activité les principaux mécanismes de défense : l'intellectualisation, la rêverie, la rationalisation et la sublimation.
J'aime beaucoup aussi cette définition de l'acte d'écrire :
Ecrire dans la solitude, pour ne plus se sentir seul, est un travail imaginaire qui trahit le réel puisqu'il le rend partageable, mais apaise l'auteur en tissant un lien de familiarité avec celui (celle) qui le lira.
Depuis que j'ai écrit, je me suis mis au clair, je ne suis plus seul, j'ai repris une direction, mais je ne suis pas guéri, je ne redeviendrai jamais comme avant puisque la blessure est dans mon corps, dans mon âme et dans mon histoire. Mon malheur charpente ma personnalité. Tout ce que je perçois, les objets, les lieux, les maisons et les raisons, sont référés au malheur passé, mais je n'en souffre plus. Puisque j'ai trouvé un sens, mon monde intime a pris une autre direction. Depuis que j'ai écrit mon malheur, je le vois autrement :
aux effets de symbolisation et de trace qui sont plus forts dans l'acte d'écrire que dans celui de parler, il faut ajouter les bénéfices secondaires de prise de recul, d'apaisement et de reconnaissance. (Chapus-Le Bars).
Quand le malheur entre par effraction dans le psychisme, il n'en sort plus. Mais le travail de l'écriture métamorphose la blessure grâce à l'artisanat des mots, des règles de grammaire et de l'intention de faire une phrase à partager. L'objet écrit est observable, extérieur à soi-même, plus facile à comprendre. On maitrise l'émotion quand elle ne s'empare plus de la conscience. En étant soumis au regard des autres, l'objet écrit prend l'effet d'un médiateur.
Je ne suis plus seul au monde, les autres savent, je leur ai fait savoir. En écrivant j'ai raccommodé mon moi déchiré ; dans la nuit, j'ai écrit des soleils.
Merci donc de nous avoir apporté votre lumière dans l'obscurité avec votre bienveillance coutumière. Cher Boris CYRULNIK, votre voix apaisante et votre écriture qui l'est tout autant auront, je l'espère, éclairé nos consciences et nos écrits !
François GODET

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