Molière, de Christophe MORY

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GODET François
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Molière, de Christophe MORY

Message par GODET François » dimanche 24 mai 2020 17:05:48

Etre franc et sincère est mon plus grand talent.
Comment devient-on Molière ? D'abord en arpentant l'éducation des Jésuites qui s'appuie sur une spiritualité puissante et développe une méthode minutieuse qui vise un esprit sain dans un corps sain. Et parmi celui-ci le théâtre. Les élèves sont incités à l'excellence, au dialogue, à l'écoute, à l'égalité devant un public étranger, au dépassement des complexes et des timidités.
Depuis Richelieu, le théâtre est le genre à la mode. La passion affichée du cardinal pour l'art dramatique encourageait les auteurs à se tourner vers la scène. Un dessein politique se concevait aussi ; l'unification du pays par la langue. Codifiée (syntaxe), définie (vocabulaire), décrite (usages), la langue française serait le ciment du royaume et le théâtre son meilleur vecteur.
A quoi bon promulguer des lois qui ne seraient pas comprises ou favoriser le commerce interrégional si d'une ville à l'autre on ne s'entend pas ?
Picards, Normands, Languedociens, Nantais et Bordelais ne pouvaient pas se comprendre sans une unité linguistique décidée. Or, pour imposer le français, encore fallait-il que le français s'imposât ! La divulgation d'oeuvres parlées était nécessaire. Dit en public, un texte transmet un langage. Joué à Paris, le théâtre rassemble en un lieu, en un temps, un public épars. Diffusé en province, il donne les bonnes manières de la syntaxe dont Richelieu avait confié le code à l'Académie française. La grammaire alors constituée du vocabulaire, de la synthaxe et de la prononciation, pouvait s'imposer par le théâtre.
Dans ses écrits, ses scènes de vies, Molière qui croit à la prémonition de l'écriture - la question la plus grave de la littérature - se sent incité à la prudence. Jamais il n'écrit sur la mort ni sur Dieu. Parce qu'il en a peur.
Mon raisonnement est qu'il y a quelque chose d'admirable dans l'homme, quoi que vous puissiez dire, que tous les savants ne sauraient expliquer. Cela n'est il pas merveilleux que me voilà ici, et que j'aie quelque chose dans la tête qui pense cent choses différentes en un moment et fait de mon corps tout ce qu'elle veut ?
La bibliothèque de Molière comporte plus de trois cent cinquante volumes. Il n'a rien perdu de son latin qu'il lit autant que le français et qui lui apporte la concision nécessaire à l'emploi de l'alexandrin. Les lectures nourrissent ses réflexions. Il n'a besoin que de caresser les livres pour s'en imprégner : ouvrir, feuilleter, picorer, copier, méditer, refermer. Sa mémoire de comédien enregistre facilement ce qu'il lit. Il digère ce dont il se gave : le théâtre.
Et Christophe Mory de conclure son excellente et vivante biographie
Fallait-il que la nature et l'écriture ne fassent qu'un, pour qu'on désigne le français enfin parlé, enfin écrit, enfin lu comme la langue de Molière ?
François GODET

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