Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, d'Harper LEE

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GODET François
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Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, d'Harper LEE

Message par GODET François » lundi 14 sept. 2020 17:05:29

Voici un magnifique roman avec un thème d'actualité bien qu'il ait été publié en 1960. Dans une petite ville d'Alabama, à l'époque de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants. Avocat intègre et rigoureux, il est commis d'office pour défendre un Noir accusé d'avoir violé une blanche.
La romancière Harper Lee a été récompensée par le prix Pulitzer en 1961.
Le titre s'explique parce que cet oiseau ne fait que chanter sans picorer dans les jardins ni faire son nid dans les séchoirs à maïs. C'est la raison pour laquelle c'est un péché de tuer un oiseau moqueur.
Ce livre tire sa beauté de par l'attitude de l'avocat qui considère qu'on ne connait vraiment une personne que lorsqu'on se met dans sa peau.
Ce roman fait suite à un évènement qui s'est produit en 1931. Cette année-là en Alabama - l'écrivaine a cinq ans - deux femmes blanches portèrent plainte contre neuf jeunes Noirs qu'elles accusèrent de les avoir violées. Le plus jeune avait douze ans. Seul ce dernier ne fut pas condamné à mort. L'année suivante, la Cour suprême décida que les accusés n'avaient pas eu un procès équitable. Il fallut encore six années pour faire relaxer ou placer en liberté conditionnelle les neuf garçons alors même que les certificats médicaux attestaient qu'il n'y avait pas eu de viol et qu'il était prouvé que les deux femmes avaient menti.
Le succès de ce roman est aussi lié au fait que sa parution a eu lieu au moment du combat pour les civil rights et contre la ségrégation. Il peut aider à faire comprendre les particularités méridionales des Etats-Unis pour les Français qui ont le sentiment que l'évolution de ce pays échappe à toute logique. Harper Lee était une fervente méthodiste qui ne cachait pas la place occupée dans sa famille par la morale et la religion.
Isabelle Hausser, la romancière qui a rédigé la Postface de ce roman, considère que dans l'ensemble des Etats-Unis subsiste un racisme subtil. D'ailleurs le livre lui-même fait l'objet d'attaques insidieuses depuis une vingtaine d'années. Il est même qualifié d'ordurier (il y est question de prostituée, on y blasphème) et de raciste (à cause de l'emploi du mot "nègre").
La morale de cette histoire, si tant est qu'il y en ait vraiment une, est que mal et bien se confondent souvent et qu'il faut se garder de juger hâtivement ou de punir en appliquant rigidement la loi. Ni manichéisme, ni moralisme, même si l'optimisme et la foi en l'être humain, deux credo essentiels de la société américaine, imprègnent le roman.
Isabelle Hausser considère que ce livre
... a la légèreté et le poids que recherche le véritable amateur de roman et cette vertu si rare de pouvoir être lu à tout âge, quelle que soit l'éducation qu'on ait reçue, de quelque pays que l'on vienne, à quelque sexe que l'on appartienne. On y trouvera un univers communiquant avec le sien par le miracle de l'écriture et de l'enfance.

(tmi)
François GODET

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