La dame qui voulait une correction-relecture et ne s’en laissait pas conter

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LAUNAY Pierre-Gilles
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La dame qui voulait une correction-relecture et ne s’en laissait pas conter

Message par LAUNAY Pierre-Gilles » vendredi 27 avr. 2018 08:08:01

La société K*** recherchait un professionnel pour réaliser la correction et la relecture de son document de 50 pages❶.

Sa perception d’une correction-relecture est bien sûr navrante, mais elle n’en reste pas moins amusante. Elle espérait trouver une œuvre d’art originale au prix de la contrefaçon.

Le dialogue

— Combien cela va-t-il me couter❷ ? me demanda mon interlocutrice.
— Bonjour, Madame. D’accord ! Eh bien ! On va regarder ça. Pouvez-vous m’envoyer le document ?
— Heu ! Pour l’instant, ce document est confidentiel.
— Comme je vous comprends. N’ayez pas d’inquiétude. Je suis un Écrivain-Conseil® membre du Groupement des Écrivains-Conseil® et par là même, je suis tenu à une charte de confidentialité.
— D’accord, mais pouvez-vous déjà me donner un aperçu du prix ?
— Bien sûr, mais pour ça, il me faut évidemment voir le document. Il faut en effet savoir que pour une même longueur de texte, le temps et donc le prix peuvent varier de 1 à 5 selon sa difficulté, voire beaucoup plus.
— D’accord. Alors de quoi avez-vous besoin ? répondit-elle sèchement. Du nombre de caractères❸ ?
— Heu ! Vous ne m’avez pas écouté ! Pour faire un devis, il est absolument nécessaire d’examiner le document.
— Non, mais attendez ! Je suis en train d’appeler plusieurs sociétés pour faire le tri. Je veux juste… un prix !
— D’accord ! Mais dites-moi alors comment je peux estimer l’ampleur et le temps de la réparation sans voir le document à réparer ? Pour ma part, je ne vois pas ! Si vous trouvez vraiment quelqu’un qui vous donne un prix sans avoir vu de quoi il retourne, c’est que ce n’est pas un professionnel.
— Oh, mais attendez, Monsieur ! Nous, nous avons l’habitude de demander à des journalistes❹ de faire ce travail et nous avons toujours procédé comme ça. Nous savons bien comment ça se passe.
J’éclatais de rire puis :
— Bah alors ! lui répondis-je, continuez de travailler avec eux ! Pourquoi voulez-vous faire appel à un vrai professionnel si un simple journaliste dont ce n’est pas le métier vous convient ?
— Ha, mais vous n’êtes vraiment pas commercial❺, Monsieur ! Il n’y a pas longtemps❻ que vous devez exercer.
— Bien au contraire, mais l’entretien a déjà duré 4 min 32 s et j’avoue que je n’ai pas envie de continuer à perdre mon temps avec quelqu’un qui recherche à l’évidence un prix plutôt que la qualité. Si vous voulez un devis d’un vrai professionnel, envoyez votre document à moi ou à l’un de mes confrères, sinon consolez-vous en vous disant que nous autres professionnels, nous sommes sans doute bien trop chers pour vous et qu’en plus il y a souvent une file d’attente de plusieurs jours avant la prestation.

Elle a raccroché. Je ne perds rien.

Elle va peut-être par la suite réfléchir, mais je n’y crois pas, car elle a démontré une trop profonde méconnaissance de ce qu’est une correction-relecture. Dans son secteur d’activité, la publicité, on facture à la tête du client, pas dans nos métiers.

L’explication de texte

Cette entreprise publicitaire préfère payer un salarié à passer du temps au téléphone pour négocier de la main-d’œuvre pas chère. C’est déjà un signe. Et même là, le contrat n’est visiblement pas reconduit puisque leurs « journalistes » [n’importe quoi !] n’acceptent pas de retravailler avec eux. Bien évidemment, le client qui cherche comme ici le bas prix trouvera toujours moins cher. C’est son choix. J’ai vu leur site. Il est à la hauteur de leur demande. Celui de mes clients est d’arriver dans les premières places. Chacun se donne les moyens de son ambition.

❶ Prix au nombre de pages. Devrais-je alors rembourser l’un de mes clients puisque, miracle de la PAO, le nombre de pages initial était de 674 et que bien que je l’ai écrit plus gros, je l’ai ramené à 500 pages pour diminuer les couts d’impression et de transport ?
❷ Cout de la prestation. La demande est légitime, mais le prix ne peut pas être facturé à l’acte, car il repose sur la durée d’où la difficulté.
❸ Facturation au caractère. C’est aussi farfelu que de vouloir calculer le prix d’une carotte sur sa couleur ou sur le nombre de ses feuilles alors que la base repose sur un tarif horaire.
❹ Journaliste. Certes ! On peut aussi demander à un chirurgien-dentiste de traiter une lombalgie, et inversement une pulpite à un rhumatologue.
❺ Pas commercial. Heu ! Le prix n’a pas encore été indiqué.
❻ Pas longtemps. Voilà une double agression en une seule réplique. Cela démontre son peu de considération, oubliant que c’est elle la demandeuse.

Dans une relation commerciale, il faut que tout le monde y trouve son compte : le client en recevant une prestation à la hauteur du prix demandé, et le fournisseur en fournissant une prestation à la hauteur du prix demandé. S’il y a un déséquilibre, cela ne peut jamais tenir sur la durée. Quelqu’un qui ne veut connaitre que le prix ne veut évidemment pas payer la prestation à son juste prix. Les débutants se laissent hélas ! souvent intimider, et ne peuvent donc pas survivre bien longtemps, d’autant que sur 100 € vendus, il ne lui restera que 35 € une fois tous les frais (20 %) et toutes les charges (45 %) déduits…
Le Corrigeur : correcteur-relecteur et technicien PAO.
Mais je vous le demande, peut-on réellement imaginer une police sans sérif (Le Corrigeur, 2012).

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