Si c'est un homme, de Primo LEVI

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GODET François
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Si c'est un homme, de Primo LEVI

Message par GODET François » lundi 21 mai 2018 09:09:58

Voici un livre paru en 1947 pour ceux qui cherchent à mieux comprendre l'être humain. Il s'agit ici de l'analyser lorsqu'il est confronté à l'une de ses extrémités (par des extrémistes) : la mort.
Il est en effet intéressant de noter que parfois, et paradoxalement, le comportement de l'homme peut se révéler positif lorsqu'il est confronté à la barbarie.
C'est le cas de cet écrivain turinois qui a connu Auschwitz et qui en est revenu. Primo LEVI considère que l'on
doit prendre en considération un épisode aussi exceptionnel de la condition humaine
car cet univers
peut servir à mettre en évidence des valeurs fondamentales, sinon positives.

L'écrivain italien considère en effet que d'enfermer des milliers d'individus entre des barbelés sans distinction d'âge, de condition sociale ou de langue etc., est un champ d'expérimentation permettant de déterminer ce qu'il y a d'inné et d'acquis dans le comportement de l'homme confronté à la lutte pour la vie.

L'ancien déporté croit que
survivre sans avoir renoncé à rien de son propre monde moral, à moins d'interventions puissantes et directes de la chance, n'a été donné qu'à un tout petit nombre d'êtres supérieurs, de l'étoffe des saints et des martyrs.
Et puis cette rencontre fascinante de Primo LEVI avec un médecin nazi dans son Lager (camp). L'écrivain chimiste exprime ici les propos qu'il lit dans le regard du médecin allemand
ce quelque chose que j'ai là devant moi appartient à une espèce qu'il importe sans nul doute de supprimer. Mais dans le cas présent, il convient auparavant de s'assurer qu'il ne renferme pas quelque élément utilisable.


L'écrivain explique qu'un de ses amis du camp : Lorenzo lui a permis de survivre psychologiquement à l'enfer du camp. Il m'a
constamment rappelé, par sa présence, par sa façon si simple et facile d'être bon qu'il existait encore en dehors du nôtre, un monde juste, des choses et des êtres encore purs et intègres que ni la corruption, ni la barbarie n'avaient condamnés, qui étaient demeurés étrangers à la haine et à la peur ; quelque chose d'indéfinissable, comme une lointaine possibilité de bonté, par laquelle il valait la peine de se conserver vivant.
C'est à Lorenzo que je dois de n'avoir pas oublié que moi aussi j'étais un homme.
L'humour par sa distance avec la réalité aide aussi le prisonnier :
Savez-vous comment on dit jamais dans le langage du camp ? Morgen fruh, demain matin.
Primo LEVI décrit la psychologie du prisonnier.
Au Lager, on perd l'habitude d'espérer, et on en vient même à douter de son propre jugement. L'usage de la pensée est inutile, puisque les évènements se déroulent le plus souvent de manière imprévisible ; il est néfaste, puisqu'il exhale en nous cette sensibilité génératrice de douleur, qu'une loi naturelle d'origine providentielle se charge d'émousser lorsque les souffrances dépassent une certaine limite.
L'écrivain ajoute qu'écrire son passé, c'est essayer de le comprendre. Mais pourtant
peut-être que ce qui s'est passé ne peut pas être compris, et même ne doit pas être compris, dans la mesure où comprendre c'est presque justifier. En effet comprendre la décision ou la conduite de quelqu'un, cela veut dire (et c'est aussi le sens étymologique du mot) les mettre en soi, mettre en soi celui qui en est responsable, se mettre à sa place, s'identifier à lui.
Mais
si la comprendre (cette haine nazie) est impossible, la connaître est nécessaire, parce ce qui est arrivé peut recommencer, les consciences peuvent à nouveau être déviées et obscurcies : les nôtres aussi.
L'auteur turinois reste formidable jusqu'au bout à propos de sa terrible expérience concentrationnaire.
Ce passé m'a enrichi et affermi ... J'ai beaucoup appris sur les hommes et sur le monde.
Mais il reconnaît aussi que
le fait que je suis vivant tient surtout à la chance.
Mais surtout
peut-être aussi ai-je trouvé un soutien dans mon intérêt jamais démenti pour l'âme humaine, et dans la volonté non seulement de survivre dans le but précis de raconter les choses auxquelles nous avions assisté et que nous avions subies.
Que votre âme repose en paix ami de l'écriture !
François GODET

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GODET François
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Message par GODET François » mercredi 23 mai 2018 16:04:27

Comme vous pouvez le constater, j'ai beaucoup cité Primo LEVI. J'ai en effet trop de respect envers le talent et le message des grands écrivains pour déformer leurs propos.
J'aime donc relayer ce qu'ils transmettent surtout quand leurs leçons de vie nous dépassent et vont au-delà de notre époque.

Comme vous et toutes les personnes nées après 1948, le problème israélo-palestinien existait déjà à ma naissance. On peut d'ailleurs se demander si ce peuple persécuté tout au long de l'histoire n'est pas devenu par moment lui-même bourreau.

Lire un ouvrage qui parle de la mort, c'est se renforcer sur les pouvoirs de la vie et cela fait justement sens. Je rappelle également que, malheureusement, il existe toujours de par le monde des peuples qui sont exploités quand ils ne sont pas dans des camps de concentration comme c'est le cas aujourd'hui encore chez gros bébé joufflu, en Corée du Nord.

La vie concentrationnaire est passionnante à étudier - et bien sûr terrible (euphémisme) à vivre. Mais ce qui est intéressant c'est d'observer les moyens utilisés par les prisonniers pour survivre en s'entraidant.

Cette existence en camp déclenche chez moi une grande admiration pour ceux qui y ont survécu. Il s'agissait d'une forme d'esclavagisme extrême.

C'est la raison pour laquelle j'abhorre le terme de nègre pour les écrivains qui donnent leur plume à un pseudo écrivain. Comme la vie vaut plus que tout, je n'aime pas non plus la notion d'écrivain fantôme.

J'avais besoin de faire cette mise au point.

Bonne continuation !
François GODET

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