Manuscrits de l'Extrême

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GODET François
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Manuscrits de l'Extrême

Message par GODET François » dimanche 26 mai 2019 19:07:38

Vous voulez savoir à quoi ressemble à un écrit qui vous frappe l'esprit et vous bouleverse ?
Vous souhaitez voir un texte qui vous remue et vous secoue de l'intérieur ?
Mais, surtout, vous souhaitez vérifier la force d'un écrit au-delà du temps, un manuscrit qui aura survécu à son auteur par la force de son contenu que vous aurez eu l'impression de vivre, de revivre comme si vous étiez à la place de l'auteur ?
Alors je vous conseille de visiter la magnifique exposition organisée par la Bibliothèque nationale de France jusqu'au 7 juillet prochain.

Il y a malheureusement - puisqu'il s'agit d'originaux conservés - des difficultés pour déchiffrer l'écriture de l'ensemble de ces auteurs, et cela d'autant plus que ces rédactions se sont faites sous le coup d'émotions intenses.
Mais, bien heureusement, des extraits sont proposés aux visiteurs de l'extrême qui sont des lecteurs bien terriens et bien vivants, et c'est d'ailleurs pour cela qu'on ressort quelque peu remué par cette formidable exposition. Exposition étant le mot adéquat car les écrivaines et écrivains présentés sont vraiment à fleur de peau.

Ce sont les manuscrits de Louis-Auguste Blanqui qui ont inspiré cette présentation de manuscrits par la BnF. Cet écrivain enfermé plus de la moitié de sa vie a su trouver en effet les moyens de poursuivre son oeuvre séditieuse derrière les murs de sa prison. Pour déjouer les contraintes de sa détention, il a usé d'une écriture microscopique portée recto-verso sur de minces feuillets transparents. Ces derniers portent comme gravées en eux, les conditions mêmes dans lesquelles ils furent rédigés.

Quatre sections - prison, passion, péril, possession - sont ainsi présentés des manuscrits dont la principale caractéristique est d'être les témoins directs des situations de vie extrêmes traversées par leurs auteurs. La parole qu'ils fixent est de l'ordre du cri, des larmes, de l'appel au secours, de l'obstination à vivre, de la mise à l'épreuve de soi-même, de la quête d'un bonheur trop fragile.
Loin de l'image traditionnelle du manuscrit comme source première d'un savoir, les feuillets exposés gardent ainsi la trace d'une dernière protestation de notre humanité dans des moments où elle s'est trouvée menacée...

Ces manuscrits présentés, quoique écrits dans des circonstances de natures différentes, témoignent tous du fait que l'écriture prend parfois forme de réflexe de survie.
Mais la particularité de cette exposition est que ces écrits concernent aussi bien des auteurs connus comme Blaise Pascal (écrit mystique), le marquis De Sade, Napoléon..., mais également d'illustres anonymes qui se sont illustrés par leur terrible souffrance et ont su si bien l'illustrer par leurs propos écrits.
Ils se retrouvent sans distinction dans la solitude, immense, à laquelle sont confrontés les individus soumis à l'angoisse, à l'isolement, au trouble de sentiments passionnels ou à des états de conscience parallèles (Victor Hugo et le spiritisme).
L'écriture, dans l'enfer de la guerre et l'angoisse de l'enfermement, est un moyen de ne pas sombrer dans le désespoir.

En effet ces récits de souffrances intenses nous confrontent à celles que nous rencontrons en tant qu'êtres humains.
Cependant, l'écriture permet aussi, selon un cheminement inverse, de reprendre pied. Thérèse Treize et Emma Santos font ainsi des mots les exutoires à leur souffrance.
Mais les récits les plus poignants sont ceux des personnes qui savent que leur mort est proche (Marie-Antoinette).
Ecrire est alors comme graver dans le marbre de nos tablettes intérieures ce qui ne sera plus jamais comme avant, en garder la trace et la mémoire, pour soi-même et pour ceux qui nous liront peut-être. Ecrire porte aussi l'espoir que tout ce qui précède n'aura pas été totalement vain.
Ecrire, enfin, peut aider, comme chez Arthur Adamov malade et hospitalisé, à se raccrocher à la vie quand elle est sur le point de nous échapper.
Car les mots sont aussi le moyen d'exprimer ce violent accès de lucidité qui saisit un être quand il sait que son existence est directement menacée (texte de Jean-Paul Sartre en 1962 suite à son engagement en faveur de l'Indépendance de l'Algérie).
Ces quelques mots qui contiendront aussi peut-être, tel un vieux grimoire, la formule magique nécéssaire à un retournement de situation inattendu - qui auront pouvoir de conjurer le mauvais sort.

Chères Consoeurs, chers Confrères, si cette visite m'a bouleversé, cet écrit m'aura requinqué. Mais à l'image de sa longueur vous me pardonnerez le temps qu'il m'aura fallu pour le rédiger. Mais pour moi l'écriture par sa puissance émotionnelle fait sens.
Aujourd'hui j'ai reçu un coup de poing à l'âme. Je crois qu'il m'a fait du bien.
Bonne visite. Merci de m'avoir lu.
François GODET

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