Mon djihad, de Dounia BOUZAR & Farid BENYETTOU

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GODET François
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Mon djihad, de Dounia BOUZAR & Farid BENYETTOU

Message par GODET François » dimanche 19 juil. 2020 10:10:43

Tout d'abord ne pas omettre de citer le sous-titre : "Itinéraire d'un repenti".

J'ai été attiré par la couverture de ce livre parce que son auteur masculin a habité dans mon quartier il y a quelques années au point d'être surnommé "l'émir des Buttes-Chaumont". Et j'aurais pu - peut-être est-ce arrivé sans que je le sache - le croiser lors d'un footing dans ce jardin magnifique de la capitale française.
Je me passionne pour la compréhension des êtres qu'on appelle communément l'empathie. Parvenir ou essayer de comprendre les ressorts intérieurs psychologiques d'un individu, d'un être humain.

Cet ouvrage est fascinant et instructif. L'auteur - remarquable de par sa sincérité - décrit son ancien embrigadement djihadiste et surtout son long chemin de déradicalisation.
L'écrivain a été l'un des mentors des frères Kouachi responsables et coupables du meurtre de journalistes à Charlie Hebdo en janvier 2015.
Certains "malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste" ont le droit à une seconde chance ce qui montre les valeurs morales exceptionnelles de notre pays même si les victimes (décédées) n'auront jamais cette opportunité.
Je crois que le courage de cet homme est à relever. Je pense que ce courage lui a permis de se relever. Et de remonter la pente glissante sur laquelle il s'était dangereusement engagé.
Voici une des phrase-clés de son repentir:
Je réalise que les lois divines ne sont qu'une utopie, car ce sont toujours les êtres humains qui les interprètent et les appliquent. C'est en écoutant les jeunes du CPDSI (Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l'islam) que j'ai compris à quel point l'interprétation d'un texte religieux dépend des sentiments, des subjectivités, des histoires et des vécus des êtres humains.
Mais je crois que la partie de l'ouvrage la plus intéressante et la plus captivante est son épilogue. C'est l'ex-éducatrice et anthropologue Dounia Bouzar qui reprend la plume.
Je relève notamment ce passage parce qu'il a trait à la mémoire et concerne tout djihadiste en herbe :
Il s'agit de le faire retourner dans le sentiment de sécurité qu'il connaissait avant de recevoir les émotions anxiogènes des djihadistes. Pour cela, les parents ou les conjoints remettent en scène des "petits riens de la vie quotidienne" a priori négligeables, mais susceptibles de provoquer une remontée émotionnelle totalement inconsciente chez le radicalisé, en lui rappelant quelque chose de son passé non atteint par l'embrigadement. Cette mise en situation de "rémémoration de la petite enfance" (appelée "Madeleine de Proust" par les familles concernées) crée les conditions propices à l'émergence des émotions puisqu'elle fait référence à des éléments ancrés dans la mémoire de long terme (mémoire autobiographique). C'est la raison pour laquelle le ressenti émotionnel en lien avec les souvenirs d'enfance est incontrôlable. En effet, les parents et les conjoints racontent que leurs proches radicalisés "s'écroulent" en pleurant quand ils parviennent à les toucher par une odeur, une musique, un geste, qui provient de leur petite enfance ou de leur passé commun.
A ce moment-là il redevient humain et sensible aux autres êtres et à leurs ressentis, alors que sous l'emprise du djihadisme il en est dépourvu.
La déshumanisation visée par les djihadistes passe par la désincarnation, et la déradicalisation par la réincarnation d'un être de chair pouvant éprouver des sensations et des sentiments. Et aussi au retour en la confiance en l'homme.
Daech déclare
Nous gagnerons parce que nous aimons la mort plus que la vie.
Le témoignage de Farid Benyettou démontre le contraire : nous gagnerons parce que la vie est toujours plus forte que la mort.
François GODET

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